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Le Radar · Décryptage

Sondage de la présidentielle : ce qu’il mesure, ce qu’il ne dit pas, et comment le lire

Un sondage photographie des opinions à une date donnée. Il ne prédit pas le résultat. Marge d’erreur, quotas, indécis, mentions obligatoires, rôle de la Commission des sondages : les repères pour lire les chiffres jusqu’en avril 2027.

Publié le · 7 min de lecture

D’ici avril 2027, tu vas croiser des sondages presque tous les jours. En 2022, la Commission des sondages a compté environ 300 sondages au cours des cent derniers jours avant le scrutin, soit trois par jour. Entre janvier 2025 et mars 2026, elle en a déjà examiné 33 liés à la prochaine présidentielle. Voici comment les lire sans leur faire dire plus qu’ils ne disent.

Ce qu’un sondage mesure

La loi du 19 juillet 1977 définit le sondage comme « une enquête statistique visant à donner une indication quantitative, à une date déterminée, des opinions, souhaits, attitudes ou comportements d’une population par l’interrogation d’un échantillon ».

Le mot important est « à une date déterminée ». Un sondage d’intentions de vote dit ce que des personnes interrogées ont répondu tel jour. Il ne dit pas ce qu’elles feront dans l’isoloir. Les instituts l’écrivent eux-mêmes dans les notices qu’ils déposent : leurs intentions de vote « ne doivent en aucun cas être interprétées comme des prédictions des résultats électoraux ».

L’opinion bouge, parfois vite. La Commission des sondages rappelle qu’aux européennes de 1994, trois instituts avaient mesuré une même liste à 12 %, 7 % et 4 %, presque en même temps. Elle a validé leurs méthodes et conclu que l’écart tenait au moment de l’enquête : « La mesure du phénomène varie donc selon le moment auquel il est procédé au sondage. »

Qui est interrogé : la méthode des quotas

La loi impose un échantillon « représentatif de la population concernée ». En France, les instituts y arrivent surtout par la méthode des quotas. Ils interrogent, souvent en ligne, un panel de personnes et veillent à ce que l’échantillon reproduise la population sur quelques critères : sexe, âge, profession, région. Dans les notices que nous avons lues, les panélistes reçoivent des points d’une valeur inférieure à 1 euro par questionnaire.

Ensuite vient le redressement. L’institut corrige les réponses brutes pour coller aux données de l’INSEE et, dans ces mêmes notices, aux votes passés déclarés par les personnes interrogées. Ce redressement politique n’a jamais été rendu obligatoire, note la commission. Les critères utilisés doivent figurer dans la notice.

La marge d’erreur

Aucun sondage ne donne un chiffre exact. Il donne une fourchette. Les instituts calculent un intervalle de confiance à 95 % : la vraie valeur a 95 % de chances de s’y trouver. Cette marge dépend de deux choses : la taille de l’échantillon et le pourcentage obtenu.

Quelques ordres de grandeur, tirés du tableau publié par un institut dans une notice de septembre 2025, pour un score proche de 50 % :

  • 500 personnes : 4,5 points ;
  • 1 000 personnes : 3,1 points ;
  • 2 000 personnes : 2,2 points ;
  • 3 000 personnes : 1,8 point.

La marge rétrécit pour les petits scores. Avec 1 000 personnes, elle tombe à 1,8 point pour un score de 10 %, et à 1,4 point pour 5 %. Doubler l’échantillon ne divise pas la marge par deux.

Il y a une réserve de taille. Ces calculs supposent un tirage au hasard. Or la méthode des quotas, explique la commission, repose sur des échantillons dont la constitution « ne s’en remet pas intégralement à l’aléa ». Pour ces sondages, les marges réelles « ne sont pas mesurables scientifiquement », écrivent les instituts, qui estiment « en pratique qu’elles sont proches de celles calculées dans le cas d’un échantillonnage aléatoire ».

Deux candidats à 1 ou 2 points : égalité

Avec 1 000 personnes interrogées, un candidat mesuré à 20 % se situe, à 95 % de chances, entre 17,5 % et 22,5 %. Un autre candidat mesuré 1 ou 2 points au-dessus a sa propre fourchette, qui recouvre largement la première. Le sondage ne permet pas de dire lequel des deux est devant. On parle d’égalité statistique.

Même chose pour une « progression » de 1 point d’une vague à l’autre : elle tient dans la marge. Un titre qui annonce qu’un candidat « double » un autre sur un tel écart en dit plus que le sondage.

Indécis, abstention et base de calcul

Les pourcentages publiés ne portent pas toujours sur toutes les personnes interrogées. Dans une notice de novembre 2025, un institut a interrogé 938 personnes inscrites sur les listes électorales. Seules 696 ont exprimé une intention de vote. Les pourcentages portent sur ces 696, et la marge maximale passe de 3,2 à 3,8 points.

Les instituts filtrent aussi selon la certitude d’aller voter. D’après la commission, ils demandent aux personnes qui se disent sûres de voter de noter cette certitude de 1 à 10, et ne retiennent que celles qui se donnent 10, ou 9 et 10. Les notices détaillent aussi la part de personnes qui « ne se prononcent pas ». La loi oblige à y publier la proportion de personnes qui n’ont pas répondu, question par question.

La participation reste un point faible. Selon la commission, les ultimes sondages avant le vote ont donné des écarts au résultat inférieurs aux marges d’incertitude, mais seulement pour des élections où la participation avoisine 70 %. Elle ajoute : « Une abstention massive reste un écueil qui ne peut être évité par la sûreté d’un échantillon de bonne qualité. »

Ce que la loi oblige à publier

L’article 2 de la loi de 1977, complété en 2016, impose que la première publication d’un sondage indique :

  • le nom de l’institut ;
  • le nom et la qualité du commanditaire, et de l’acheteur s’il est différent ;
  • le nombre de personnes interrogées ;
  • les dates des interrogations ;
  • le texte intégral des questions posées ;
  • une mention précisant que tout sondage est affecté de marges d’erreur, et ces marges ;
  • le droit de toute personne à consulter la notice.

Le texte des questions et les marges peuvent figurer sur le site du média, qui doit alors en donner l’adresse.

Avant toute publication, l’institut dépose une notice auprès de la Commission des sondages. Elle précise la méthode, la composition de l’échantillon, les conditions d’interrogation, la proportion de sans-réponse, la gratification éventuelle et les critères de redressement. Dès la publication, toute personne peut la consulter, et la commission la met en ligne sur son site.

Le rôle de la Commission des sondages

La commission compte neuf membres, dont des membres du Conseil d’État, de la Cour de cassation et de la Cour des comptes. Elle contrôle surtout la qualité de l’échantillon, des redressements et des questionnaires.

Quand un sondage ne respecte pas la loi, ou quand sa présentation en altère la portée, elle peut ordonner une mise au point. Le média doit la publier avec une audience équivalente à celle du sondage. Ne pas le faire est puni d’une amende de 75 000 euros. Toute personne peut aussi la saisir par une réclamation motivée et signée, dans les 5 jours qui suivent la première publication.

La veille et le jour du vote : silence

La veille et le jour de chaque tour, aucun sondage électoral ne peut être publié, diffusé ou commenté, par quelque moyen que ce soit. Pour la présidentielle, l’interdiction commence le samedi à zéro heure et prend fin à la fermeture du dernier bureau de vote en métropole.

Les sondages publiés avant restent en ligne et peuvent être commentés, à condition d’indiquer leur date de première publication, le média et l’institut.

Une consultation en ligne n’est pas un sondage

Une enquête qui n’interroge pas un échantillon représentatif n’est pas un sondage au sens de la loi. Utiliser le mot « sondage » pour une telle enquête sur un sujet électoral est puni d’une amende de 75 000 euros. Pendant les municipales de 2026, marquées selon la commission par la multiplication de faux sondages sur les réseaux sociaux, elle a publié 13 communiqués. Face aux enquêtes présentées à tort comme des sondages, elle obtient en général la suppression du mot et la publication d’un avertissement. À Metz, un média a dû ajouter cette mention à une enquête auprès de son lectorat : « Cette enquête n’est pas un sondage au sens de la loi française du 19/07/1977, elle ne présente donc pas les garanties de méthode et de représentativité exigées d’un sondage électoral. »

L’urne de Ça vote ? est une consultation en ligne, ouverte à tous et non représentative. Elle n’est pas un sondage. Ses résultats comptent les bulletins des personnes passées par le site, pas l’opinion des électeurs. Ils sont masqués la veille et le jour du scrutin.

Devant un sondage, cinq questions

  • Qui l’a réalisé, pour qui, et à quelles dates ?
  • Combien de personnes, et sur quelle base sont calculés les pourcentages : inscrits, certains d’aller voter, intentions exprimées ?
  • L’écart que le titre met en avant dépasse-t-il la marge d’erreur ?
  • Quelle était la question exacte, et quels candidats étaient proposés ?
  • La notice est-elle en ligne sur le site de la Commission des sondages ? Sans institut identifié ni notice, méfie-toi : soit la publication est irrégulière, soit il ne s’agit pas d’un sondage.

Ce que ces éléments ne permettent pas de conclure

  • Un sondage publié aujourd’hui ne permet pas de conclure au résultat du scrutin d’avril 2027.
  • Un écart entre deux candidats plus petit que la marge d’erreur ne permet pas de dire lequel des deux est devant.
  • Le respect des règles de publication ne garantit pas que les intentions mesurées se traduiront en votes.

Cet article ne modifie aucune position codée : ton résultat au test ne change pas.

Sources

  1. Loi n° 77-808 du 19 juillet 1977 relative à la publication et à la diffusion de certains sondages d'opinion, article 3 (texte reproduit par la Commission des sondages) — Commission des sondages
    « toute personne a le droit de consulter auprès de la commission des sondages la notice prévue par le présent article »
  2. Loi n° 77-808 du 19 juillet 1977, article 11 : dispositions spéciales applicables en période électorale — Commission des sondages
    « la veille et le jour de chaque scrutin, aucun sondage électoral ne peut faire l’objet, par quelque moyen que ce soit, d’une publication, d’une diffusion ou d’un commentaire. »
  3. Pour la presse : les indications obligatoires — Commission des sondages
    « noms de l'organisme de sondage, de l'acheteur et de l'éventuel commanditaire du sondage, nombre de personnes interrogées et date des interrogations, texte intégral de toutes les questions posées, mention précisant que tout sondage est affecté d'une marge d'erreur, marge d'erreur »
  4. Qu'est-ce qu'un sondage d'opinion ? — Commission des sondages
    « ne sont pas menées auprès d'échantillons représentatifs de la population ne constituent pas des sondages entrant dans le champ de la loi du 19 juillet 1977 »
  5. Contrôles exercés — Commission des sondages
    « La mesure du phénomène varie donc selon le moment auquel il est procédé au sondage »
  6. Le régime des sanctions — Commission des sondages
    « La commission des sondages dispose du pouvoir d’ordonner des mises au point à l'encontre des instituts et des organes de presse qui ont méconnu la loi. »
  7. Rapport annuel 2022 — Commission des sondages, 1 janvier 2022
    « Les instituts demandent aux personnes interrogées qui se disent « sûres d’aller voter » de noter leur propre certitude de 1 à 10 et ne retiennent que ceux qui se sont attribuées la note 10 ou les notes 9 et 10. »
  8. Rapport d'activité sur les élections municipales 2025-2026 — Commission des sondages, 1 janvier 2026
    « La commission obtient généralement la suppression du terme sondage et la publication d’un avertissement. »
  9. Les Français ont-ils une intention de vote ? Notice technique Kantar Public déposée à la Commission des sondages — Commission des sondages (notice de l'institut), 10 décembre 2021
    « Si les marges d’erreurs réelles dans les sondages dont l'échantillonnage est construit selon la méthode des quotas ne sont pas mesurables scientifiquement, on estime en pratique qu’elles sont proches de celles calculées dans le cas d'un échantillonnage aléatoire. »
  10. Les intentions de vote à la prochaine élection présidentielle : notice technique Ifop déposée à la Commission des sondages — Commission des sondages (notice de l'institut), 25 septembre 2025
    « Cette incertitude, communément appelée « marge d’erreur », varie en fonction de la taille de l’échantillon et du pourcentage observé »
  11. Intentions de vote dans la perspective de la prochaine élection présidentielle : notice Verian déposée à la Commission des sondages — Commission des sondages (notice de l'institut), 1 novembre 2025
    « Elles ne doivent en aucun cas être interprétées comme des prédictions des résultats électoraux. »

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