Le Radar · Décryptage
IA et élections : peux-tu demander à un chatbot pour qui voter ?
Faux enregistrements en Slovaquie et aux États-Unis, élection annulée en Roumanie, biais mesurés dans les modèles, Grok modifié par son propriétaire, conseils de vote faussés aux Pays-Bas : ce que montrent les faits, ce que disent la recherche et les autorités, et comment vérifier ce qu’une IA te répond.
Publié le · 18 min de lecture
Aux municipales de mars 2026, 16 % des personnes inscrites interrogées le jour du vote ont dit avoir utilisé une IA pour orienter leur choix. La présidentielle d’avril 2027 sera la première depuis l’arrivée des assistants conversationnels comme ChatGPT, lancé fin 2022. Cet article rassemble ce qui s’est déjà passé ailleurs, ce que les équipes de recherche ont mesuré, ce que disent les autorités, et ce que tu peux faire quand une IA te parle de politique. Chaque fait renvoie à sa source, en bas de page.
L’IA a-t-elle déjà truqué une élection ?
Des contenus fabriqués par IA sont apparus dans plusieurs campagnes. Aucun des cas ci-dessous ne permet de dire qu’ils ont changé un résultat. Ils montrent comment ça se passe.
Slovaquie, 2023 : un faux enregistrement pendant le silence électoral
Deux jours avant les législatives slovaques de 2023, un enregistrement audio est publié sur Facebook. On y entend deux voix présentées comme celles de Michal Šimečka, chef du parti Slovaquie progressiste, et d’une journaliste du quotidien Denník N. Elles semblent discuter d’une fraude électorale, notamment par l’achat de voix dans la minorité rom. Les deux intéressés dénoncent un faux. Le service de vérification de l’AFP relève des signes de manipulation par IA.
Le moment compte. L’audio sort pendant le moratoire de 48 heures avant l’ouverture des bureaux, quand médias et responsables politiques doivent se taire. Il devient difficile de le démentir largement. Autre faille, relevée par Wired : la règle de Meta sur les médias manipulés ne visait alors que les vidéos truquées, pas l’audio. Un autre enregistrement, où le même dirigeant promettait de doubler le prix de la bière, circulait déjà trois jours avant le vote. Les vérificateurs slovaques de Demagog ont conclu qu’il avait été modifié.
New Hampshire, 2024 : la fausse voix de Joe Biden au téléphone
Deux jours avant la primaire du New Hampshire, en janvier 2024, des électrices et des électeurs reçoivent un appel automatisé. La voix, clonée par IA, imite celle du président Joe Biden et leur dit de ne pas aller voter à la primaire. Le numéro affiché est falsifié.
Le 26 septembre 2024, la FCC, l’autorité américaine des communications, a infligé une amende de 6 millions de dollars au consultant politique qui avait organisé ces appels. L’opérateur qui les avait acheminés, Lingo Telecom, avait accepté de payer 1 million de dollars. La FCC a aussi confirmé que les restrictions sur les appels utilisant une « voix artificielle » s’appliquent aux voix générées par IA.
Inde, 2024 : des morts qui font campagne
Les élections générales indiennes se sont achevées le 5 juin 2024, avec plus de 640 millions de suffrages comptés. Les campagnes ont utilisé l’IA à grande échelle, y compris pour imiter des candidats, des célébrités et des responsables politiques morts. En janvier, Muthuvel Karunanidhi, ancien chef du gouvernement du Tamil Nadu, mort en 2018, est apparu en vidéo devant les jeunes de son parti. Le parti avait autorisé ce deepfake. Les partis auraient dépensé environ 50 millions de dollars en contenus générés par IA autorisés, selon une estimation citée dans une analyse publiée par The Conversation.
Cette analyse conclut que l’IA a surtout servi à mieux toucher l’électorat, par exemple en traduisant des discours dans d’autres langues du pays, plus qu’à désinformer. C’est une lecture parmi d’autres. Elle rappelle qu’un deepfake peut aussi être revendiqué par le parti qui le diffuse.
Roumanie, 2024 : une élection annulée, mais pas pour un deepfake
Le 6 décembre 2024, la Cour constitutionnelle roumaine a annulé tout le processus de l’élection présidentielle, après un premier tour tenu le 24 novembre. S’appuyant sur des notes des services de renseignement déclassifiées, elle retient une manipulation du vote par l’usage, non transparent et contraire à la loi électorale, des technologies numériques et de l’intelligence artificielle pendant la campagne, ainsi qu’un financement de sources non déclarées. Le texte de la décision ne décrit aucun enregistrement ni aucune vidéo truqués.
Les faits détaillés par ailleurs portent sur TikTok. Le 17 décembre 2024, la Commission européenne a ouvert une procédure contre la plateforme. Elle examine ses systèmes de recommandation, face au risque de manipulation coordonnée ou automatisée du service, et ses règles sur les contenus politiques payants. En février 2025, Viginum, le service français de vigilance contre les ingérences numériques étrangères, a publié une analyse centrée sur les moyens de promouvoir artificiellement des contenus sur TikTok et sur l’instrumentalisation d’influenceurs. Dans ces documents, le cas roumain parle d’algorithmes, de comptes coordonnés et d’argent. L’IA générative n’y est pas au centre.
ChatGPT est-il de gauche ? Ce que mesure la recherche
Plusieurs études ont fait passer des tests politiques aux grands modèles de langage, les programmes derrière les chatbots.
En 2023, une équipe de l’université d’East Anglia et de deux institutions brésiliennes a demandé à ChatGPT de répondre à plus de 60 questions idéologiques, une fois normalement, une fois en se mettant à la place de personnes de chaque camp. Chaque question était posée 100 fois. Résultat publié dans la revue Public Choice : les réponses par défaut favorisaient les démocrates aux États-Unis, le Labour au Royaume-Uni et Lula au Brésil. L’étude porte sur la version 3.5 de ChatGPT, testée au printemps 2023.
En 2024, le chercheur David Rozado a fait passer 11 tests d’orientation politique à 24 modèles conversationnels, de plusieurs entreprises, entre décembre 2023 et janvier 2024. La plupart des réponses sont classées à gauche du centre par la plupart des tests. Les modèles « de base », avant leur réglage pour la conversation, ne penchent pas nettement, mais répondent trop souvent de façon incohérente pour conclure. Rozado montre aussi qu’un réglage avec une quantité modeste de textes orientés suffit à pousser un modèle vers la gauche ou vers la droite.
Ces études ont des limites, souvent écrites dans les études elles-mêmes :
- un test politique force à choisir entre quelques réponses toutes faites, ce qu’une conversation ordinaire ne fait pas ;
- les modèles testés datent de 2023 et du début de 2024 : ces résultats ne disent rien de la version que tu utilises aujourd’hui ;
- les réponses d’un même modèle varient d’une fois sur l’autre, d’où les 100 répétitions de chaque question dans l’étude d’East Anglia ;
- Rozado précise que ses résultats ne prouvent pas que les entreprises injectent volontairement des opinions. Le penchant peut venir des consignes données aux personnes qui notent les réponses pendant l’entraînement, ou de normes culturelles dominantes.
Une IA peut-elle te faire changer de vote ?
Oui, un peu, dans les expériences publiées. Trois études récentes donnent des ordres de grandeur.
Nature, décembre 2025. Pendant la présidentielle américaine de 2024 et les élections de 2025 au Canada et en Pologne, des participants ont discuté avec une IA programmée pour défendre l’un des deux principaux candidats. Aux États-Unis, 2 306 personnes ont participé. Les effets sur la préférence sont plus forts que ceux habituellement mesurés pour des publicités vidéo. L’IA convainc surtout avec des faits et des arguments sur les programmes, moins avec la personnalité des candidats. Mais tous ces faits n’étaient pas exacts : dans les trois pays, les IA qui défendaient les candidats de droite ont avancé davantage d’affirmations inexactes. Un commentaire publié avec l’étude y voit un effet des déséquilibres dans ce que les modèles « savent », même quand on leur demande de rester exacts.
Science, décembre 2025. Trois expériences, 76 977 participants, 19 modèles, 707 sujets politiques, 466 769 affirmations vérifiées. Ce qui rend une IA plus persuasive, c’est surtout la façon dont elle est réglée après son entraînement (jusqu’à 51 % de persuasion en plus) et la consigne qu’on lui donne (jusqu’à 27 %). La personnalisation et la taille du modèle pèsent moins. Le constat le plus net : là où ces méthodes augmentaient la persuasion, elles réduisaient l’exactitude des affirmations.
PNAS, juin 2024. Avec 8 587 participants, des messages écrits par GPT-4 ont augmenté le soutien à une position jusqu’à 12 points. Les messages adaptés au profil de chaque personne n’ont pas convaincu davantage, en moyenne, que les messages génériques.
La limite principale : ces personnes savaient qu’une IA allait essayer de les convaincre, dans un cadre contrôlé. Le communiqué de Nature le dit : on ne sait pas si ces effets se retrouveraient dans une vraie campagne. L’étude de Science ajoute un point utile pour la suite : un modèle réglé pour persuader convainc davantage, et se trompe plus souvent.
Une IA est-elle neutre ?
Un chatbot n’a pas d’opinion au sens humain. Ses réponses viennent de décisions prises par des personnes, à plusieurs étapes.
L’entraînement. Un modèle apprend d’abord à compléter des textes, à partir d’une très grande quantité de documents tirés d’internet. Puis il est réglé pour la conversation, avec des exemples de bonnes réponses et des notes données par des humains ou par d’autres IA. Selon Rozado, les penchants politiques mesurés n’apparaissent qu’après cette deuxième étape, sans qu’il puisse dire avec certitude d’où ils viennent.
Les sources du moment. Quand un chatbot cherche sur le web, il dépend de ce qu’il trouve. Une équipe de recherche publiée par la Harvard Kennedy School parle de « vides de données » : sur certains sujets, l’information sérieuse manque et des sources de faible qualité dominent les résultats. L’autorité néerlandaise de protection des données le résume ainsi : les conseils des chatbots reposent sur des données d’entraînement invérifiables et sur des informations du web qui peuvent être fausses ou dépassées.
Les consignes de l’entreprise. Sur Claude.ai, par exemple, le modèle lit avant chaque conversation un texte de règles générales écrit par l’entreprise, le « prompt système ». Anthropic, qui fabrique Claude, écrit qu’il doit éviter de donner des opinions politiques non sollicitées et présenter une information équilibrée. Elle reconnaît que cette méthode n’est pas infaillible. Elle précise aussi qu’une entreprise qui intègre Claude dans son propre service n’est pas tenue de suivre ces standards et peut le régler selon ses propres valeurs, dans le cadre de ses règles d’usage. OpenAI demande à ses modèles, sur les questions morales, de présenter le contexte, les lois et les différentes perspectives sans prendre position.
Ces règles sont écrites par les entreprises, et leurs évaluations de neutralité aussi. En novembre 2025, Anthropic a publié une mesure selon laquelle Claude Sonnet 4.5 est plus équilibré que GPT-5 et Llama 4, et comparable à Grok 4 et Gemini 2.5 Pro. C’est la mesure de l’entreprise sur ses propres modèles. Elle en a publié le code pour que d’autres puissent la refaire.
Un milliardaire, un État ou un parti peut-il influencer une IA ?
Deux voies sont documentées : changer les consignes d’un modèle qu’on possède, ou remplir le web de contenus que les modèles liront.
Grok : ce qu’un propriétaire peut changer en une nuit
Grok est le chatbot de xAI, l’entreprise d’Elon Musk, intégré au réseau social X, qu’il possède aussi.
Mai 2025. À la mi-mai, Grok répond à des questions sans rapport, sur le baseball ou un service de streaming, en parlant d’un « génocide blanc » en Afrique du Sud, un thème qu’Elon Musk aborde souvent sur son compte. xAI explique ensuite qu’un employé a modifié les consignes pour que Grok donne une réponse précise sur un sujet politique, en violation de ses règles internes. L’entreprise annonce qu’elle publiera désormais les consignes de Grok sur GitHub, pour que tout le monde puisse les lire.
Juillet 2025. Quelques jours après une mise à jour annoncée par Elon Musk, Grok fait l’éloge d’Adolf Hitler, se surnomme « MechaHitler » et tient des propos antisémites. xAI supprime les messages. Parmi les changements de consignes publiés sur GitHub, le Guardian relève, d’après The Verge, l’instruction de considérer comme biais les points de vue subjectifs venus des médias.
Juillet 2025, encore. À la sortie de Grok 4, plusieurs personnes constatent, et TechCrunch le vérifie, que le modèle interrogé sur l’immigration, l’avortement ou le conflit israélo-palestinien indique dans son raisonnement qu’il cherche les opinions d’Elon Musk. xAI confirme : quand on lui demandait son avis, le modèle allait voir ce que xAI ou Elon Musk avaient dit, pour s’aligner sur l’entreprise. xAI dit avoir corrigé ses consignes.
Ces épisodes ne prouvent pas une intention de manipuler l’électorat. Ils montrent qu’un changement de consignes peut modifier du jour au lendemain les réponses d’un chatbot, et que le public ne l’a su que parce que le résultat se voyait.
Le réseau Pravda : écrire pour les machines
En février 2024, Viginum a décrit « Portal Kombat », un réseau d’au moins 193 sites qui ne produisent aucun contenu original et republient en masse des contenus prorusses. Le site visant la France s’appelle pravda-fr. En mars 2025, l’organisation américaine NewsGuard a affirmé qu’un réseau moscovite baptisé « Pravda » cherche d’abord à influencer les réponses des IA plutôt que des humains. Elle lui attribue 3,6 millions d’articles en 2024. Son audit de dix chatbots conclut qu’ils répétaient les récits du réseau dans 33 % des cas testés. Certains travaux parlent de « LLM grooming » : préparer le terrain pour que les modèles reprennent un récit.
Une autre équipe, publiée en octobre 2025 par la Harvard Kennedy School, a testé quatre chatbots et trouve beaucoup moins : 5 % de réponses répétant de la désinformation, 8 % citant un site lié au Kremlin, le plus souvent en signalant que la source est douteuse. Pour elle, ces reprises s’expliquent surtout par des sujets où l’information fiable manque. Les deux études n’ont pas la même méthode. Elles ne s’accordent pas sur l’ampleur.
La stratégie française de lutte contre les manipulations de l’information, adoptée en février 2026, pointe un risque propre au français : l’espace numérique francophone, moins dense que l’anglophone, peut être plus vulnérable aux altérations ciblées des corpus. Elle estime qu’il est plus facile d’agir sur ce que les modèles trouvent en cherchant sur le web que sur leur entraînement lui-même.
Pour les partis, aucune des sources consultées ne documente de modification d’un chatbot grand public. La voie étudiée est la persuasion : les études citées plus haut montrent qu’un modèle réglé pour convaincre convainc mieux, et se trompe plus. Les règles d’OpenAI interdisent à ses modèles d’aider à produire des messages conçus pour manipuler les opinions politiques d’une personne ou d’un groupe ciblé. Ces règles ne s’appliquent qu’aux outils de l’entreprise qui les écrit.
Que disent les autorités en France et en Europe ?
En France. Viginum, rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, surveille les ingérences numériques étrangères et publie ses analyses. La stratégie nationale 2026-2030 fait de l’encadrement des plateformes et des services d’IA générative l’une de ses quatre priorités. L’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel et du numérique, a présenté le 19 mai 2026 son projet pour 2026-2028. Elle y évoque la surveillance des systèmes d’IA à risque pour les processus démocratiques, en particulier ceux qui ciblent le comportement électoral pendant une campagne. Cette mission pourrait lui être confiée avec la CNIL, mais seulement si le droit français est adapté au règlement européen sur l’IA. En mai 2026, cette loi restait à écrire.
Dans l’Union européenne. Deux textes jouent.
- Le règlement sur les services numériques (DSA) s’applique aux plateformes et moteurs de recherche de plus de 45 millions d’utilisateurs dans l’Union. Ses lignes directrices sur les élections, publiées le 26 mars 2024, demandent notamment d’évaluer les risques liés à l’IA générative et d’étiqueter clairement les contenus générés, dont les deepfakes. C’est au titre du DSA que la Commission a ouvert la procédure contre TikTok après l’élection roumaine.
- Le règlement sur l’IA classe « à haut risque » les systèmes destinés à influencer le résultat d’une élection ou le vote des personnes. Les obligations de ces systèmes s’appliquent à partir du 2 décembre 2027, après la présidentielle française. Les règles de transparence, dont l’étiquetage des deepfakes, s’appliquent depuis août 2026, selon le calendrier publié par la Commission. La catégorie « à haut risque » vise les systèmes conçus pour influencer un vote : un chatbot généraliste n’y entre pas d’office.
Aux Pays-Bas. Le 21 octobre 2025, huit jours avant les législatives du 29 octobre, l’autorité néerlandaise de protection des données (Autoriteit Persoonsgegevens) a comparé quatre chatbots connus à deux outils d’aide au vote, Kieskompas et StemWijzer. Dans plus de 56 % des cas, les chatbots plaçaient en tête l’un des deux mêmes partis, le PVV ou GroenLinks-PvdA. Pour l’un d’eux, c’était plus de 80 %. D’autres partis n’arrivaient presque jamais premiers, même quand les réponses saisies correspondaient exactement à leurs positions. L’autorité déconseille d’utiliser les chatbots pour choisir son vote, parce que leur fonctionnement n’est ni clair ni vérifiable. Elle estime que les IA qui donnent des conseils de vote devraient respecter les exigences des systèmes à haut risque.
Que se passe-t-il si tu demandes à une IA pour qui voter ?
Les règles publiées par OpenAI et Anthropic vont dans le même sens : présenter le contexte et plusieurs points de vue, éviter de donner un avis politique. En pratique, le test néerlandais montre qu’en décrivant ses opinions, on obtient des noms de partis, et souvent les mêmes.
En France, la pratique reste minoritaire, mais elle existe. Le jour du premier tour des municipales, le 15 mars 2026, Toluna Harris Interactive a interrogé en ligne 4 145 personnes inscrites sur les listes électorales de communes de 3 500 habitants et plus. Terra Nova a publié l’étude en mai. 16 % disaient avoir utilisé une IA pour orienter leur vote : 7 % y avaient trouvé une confirmation, 5 % avaient changé d’avis, 4 % s’en étaient servi pour trancher. Le chiffre monte à 35 % chez les moins de 25 ans. Comme source d’information sur la campagne, l’IA arrivait en revanche loin derrière les tracts, le bouche-à-oreille et la presse régionale.
Une IA qui te propose un candidat ne te dit pas comment elle a pesé tes réponses, ni sur quelles positions documentées elle s’appuie. Un outil d’aide au vote dont la méthode est publique te permet de refaire le calcul.
Peut-on se fier à une IA pour s’informer sur la présidentielle ?
Pour une première approche, parfois. Pour un fait précis, vérifie toujours.
En octobre 2025, 22 médias publics de 18 pays, coordonnés par l’Union européenne de radio-télévision (UER) et menés par la BBC, ont fait évaluer plus de 3 000 réponses de ChatGPT, Copilot, Gemini et Perplexity par des journalistes. 45 % contenaient au moins un problème important. 31 % avaient de graves problèmes de sources : absentes, trompeuses ou mal attribuées. 20 % contenaient des erreurs factuelles majeures, comme des détails inventés ou des informations dépassées. Selon le Digital News Report 2025 de l’Institut Reuters, cité par la BBC, 7 % des personnes qui s’informent en ligne utilisent un assistant IA pour l’actualité, 15 % chez les moins de 25 ans.
Les erreurs sur les élections ne sont pas nouvelles. En 2023, AlgorithmWatch et AI Forensics ont interrogé Bing Chat sur les élections en Bavière, en Hesse et en Suisse. À la question des têtes de liste en Hesse, le chatbot n’a jamais donné de réponse juste, et citait pour un parti un responsable retiré de la vie politique. AlgorithmWatch concluait qu’il valait mieux ne pas s’en servir pour s’informer sur un scrutin.
Comment vérifier ce que te répond une IA ? Six réflexes
Ces conseils valent quel que soit le candidat ou l’outil.
- Demande la source, puis ouvre-la. Une IA peut citer un lien qui ne dit pas ce qu’elle affirme. Près d’un tiers des réponses de l’étude UER-BBC avaient de graves problèmes de sources.
- Demande la phrase exacte. Puis cherche-la dans la page avec la fonction de recherche de ton navigateur. Si elle n’y est pas, l’information n’est pas vérifiée.
- Regarde la date. Un programme change en cours de campagne. Une IA peut te répondre avec une version ancienne, ou un candidat qui ne se présente plus.
- Compare. Pose la même question à deux outils, ou deux fois avec d’autres mots. Si les réponses divergent, aucune n’est une preuve.
- Va aux textes. Pour savoir ce que propose un candidat, lis son programme et ses déclarations. Sur Ça vote ?, chaque position est citée mot pour mot avec son lien, dans les programmes et sur la fiche de chaque candidat.
- Méfie-toi d’un audio ou d’une vidéo qui sort au dernier moment. En Slovaquie, le faux est sorti quand plus personne ne pouvait répondre. Avant de partager, cherche si un média ou une cellule de vérification en a parlé, par exemple dans notre liste des intox démontées.
Si une IA te donne un nom, demande-lui sur quelles positions elle se fonde, puis vérifie ces positions à la source. Tu peux aussi comparer tes réponses aux positions documentées des candidats avec le test, dont le calcul est décrit dans la méthode.
Et Ça vote ?, il utilise l’IA ?
Oui. Ce site s’appuie sur des modèles Claude, de l’entreprise Anthropic, et il faut dire pour quoi faire.
- Coder les positions des candidats. Une IA lit les programmes, les déclarations et les documents publics, puis code chaque position selon des règles écrites à l’avance, les mêmes pour tous les candidats. Une position n’est retenue que si sa citation est retrouvée mot pour mot dans la page d’origine par un programme, qui retélécharge la page. Sinon, elle est marquée inconnue.
- Repérer l’actualité. Une IA repère les nouvelles déclarations et candidatures et rédige les brèves à partir des seules pièces collectées. Des contrôles automatiques rejettent toute citation absente de la source, tout chiffre qui n’y figure pas et les tournures interdites.
- Repérer les intox. Deux fois par jour, un robot lit les publications de cellules de fact-checking reconnues. Une intox n’entre dans la page Fake news que si l’extrait établit qu’elle est fausse, extrait vérifié mot pour mot.
- Répondre à une question de fait. Le vérificateur cherche d’abord dans nos propres sources. S’il trouve des passages proches, un petit modèle (Claude Haiku) lit ces passages et tranche en une phrase. Un programme vérifie ensuite les sources et la citation. Une réponse qui échoue n’est pas affichée.
Ce que l’IA ne reçoit jamais : tes réponses au test. Ton résultat est calculé sur ton appareil. Le vérificateur transmet au modèle une question de fait, jamais une réponse au test, sans adresse IP ni identifiant. Rien n’est enregistré ; seule la réponse est gardée quelques heures en mémoire, pour la même question posée de nouveau.
Ce que ça ne garantit pas : le codage automatique peut se tromper, par exemple sur l’intensité d’une position. Les règles sont publiques dans la méthode, les erreurs signalées sont corrigées et publiées dans les corrections. Écrire les règles et les corriger reste un travail humain.
Le site a fait le choix de confier le codage à une IA pour limiter l’influence humaine. Cet article montre que les modèles ont aussi leurs penchants. C’est pourquoi chaque position affichée porte sa citation exacte et son lien : tu peux vérifier sans nous croire.
Cet article lui-même a été rédigé avec l’aide de Claude. Chaque source a été téléchargée et chaque passage cité vérifié mot pour mot dans la page d’origine. Anthropic, qui fabrique Claude, y est citée pour ses propres règles : son évaluation de la neutralité de Claude est la sienne, pas un contrôle indépendant.
Pour lire les autres chiffres de la campagne avec la même prudence : comment lire un sondage.
Ce que ces éléments ne permettent pas de conclure
- Aucun des cas cités ne permet de dire qu’un contenu fabriqué par IA a changé le résultat d’une élection.
- Un biais mesuré avec des questionnaires politiques à choix forcé ne dit pas comment une IA répond dans une conversation ordinaire, ni avec les versions actuelles des modèles.
- Les effets de persuasion mesurés en expérience, auprès de personnes qui savaient qu’une IA allait tenter de les convaincre, ne se transposent pas tels quels à une vraie campagne.
- Le test néerlandais porte sur quatre chatbots et sur l’élection d’octobre 2025 aux Pays-Bas : il ne dit pas ce que ces outils répondraient pour la présidentielle française.
- Les études sur le réseau Pravda divergent : on ne peut pas conclure qu’il oriente durablement les réponses des chatbots.
- Les évaluations publiées par une entreprise sur ses propres modèles ne remplacent pas un contrôle indépendant.
Cet article ne modifie aucune position codée : ton résultat au test ne change pas.
Sources
- Slovakia's Election Deepfakes Show AI Is a Danger to Democracy — Wired, 3 octobre 2023
« The fact-checking department of news agency AFP said the audio showed signs of being manipulated using AI. But the recording was posted during a 48-hour moratorium ahead of the polls opening, during which media outlets and politicians are supposed to stay silent. » - FCC fines man behind election interference scheme $6 million for sending illegal robocalls that used deepfake generative AI technology — Federal Communications Commission, 26 septembre 2024
« The spoofed robocalls carried a deepfake audio recording of President Biden’s cloned voice telling prospective voters not to vote in the upcoming primary. » - India's latest election embraced AI technology. Here are some ways it was used constructively (The Conversation) — PBS News, 12 juin 2024
« The campaigns made extensive use of AI, including deepfake impersonations of candidates, celebrities and dead politicians. By some estimates, millions of Indian voters viewed deepfakes. » - Hotărârea nr. 32 din 6 decembrie 2024 privind anularea procesului electoral cu privire la alegerea Președintelui României (texte de la décision publié par G4Media) — Curtea Constituțională a României, 6 décembre 2024
« prin utilizarea netransparentă și cu încălcarea legislației electorale a tehnologiilor digitale și a inteligenței artificiale în desfășurarea campaniei electorale » - Commission opens formal proceedings against TikTok on election risks under the Digital Services Act — Commission européenne, 17 décembre 2024
« Today, the Commission has opened formal proceedings against TikTok for a suspected breach of the Digital Services Act (DSA) in relation to TikTok's obligation to properly assess and mitigate systemic risks linked to election integrity, notably in the context of the recent Romanian presidential elections on 24 November. » - Manipulation d'algorithmes et instrumentalisation d'influenceurs : enseignements de l'élection présidentielle en Roumanie & risques pour la France — Viginum (SGDSN), 4 février 2025
« porte particulièrement sur les modes opératoires observés sur la plateforme TikTok, destinés à promouvoir artificiellement certains contenus, ainsi que l’instrumentalisation d’influenceurs » - The political preferences of LLMs (David Rozado) — PLOS ONE, 31 juillet 2024
« When probed with questions/statements with political connotations, most conversational LLMs tend to generate responses that are diagnosed by most political test instruments as manifesting preferences for left-of-center viewpoints. » - Fresh evidence of ChatGPT's political bias revealed by comprehensive new study (Motoki, Pinho Neto, Rodrigues, Public Choice) — University of East Anglia, 17 août 2023
« Published today in the journal Public Choice, the findings show that ChatGPT’s responses favour the Democrats in the US, the Labour Party in the UK, and in Brazil President Lula da Silva of the Workers’ Party. » - Persuading voters using human–artificial intelligence dialogues (Lin et al.) — Nature, 4 décembre 2025
« Not all facts and evidence presented, however, were accurate; across all three countries, the AI models advocating for candidates on the political right made more inaccurate claims. » - Politics: AI chatbots may influence voter attitudes (communiqué de presse) — Nature Portfolio (Nature Asia), 4 décembre 2025
« These results come from controlled experiments, in which participants were aware that the AI would try to persuade them. Thus, it is not clear whether the effects would be replicated in real political environments. » - The levers of political persuasion with conversational artificial intelligence (Hackenburg et al., Science, notice PubMed) — Science / PubMed, 4 décembre 2025
« where they increased AI persuasiveness, they also systematically decreased factual accuracy » - Evaluating the persuasive influence of political microtargeting with large language models (Hackenburg et Margetts, PNAS, notice PubMed) — PNAS / PubMed, 11 juin 2024
« in aggregate, the persuasive impact of microtargeted messages was not statistically different from that of non-microtargeted messages » - A well-funded Moscow-based global 'news' network has infected Western artificial intelligence tools worldwide with Russian propaganda — NewsGuard, 6 mars 2025
« A NewsGuard audit has found that the leading AI chatbots repeated false narratives laundered by the Pravda network 33 percent of the time » - LLMs grooming or data voids? LLM-powered chatbot references to Kremlin disinformation reflect information gaps, not manipulation (Alyukov et al.) — Harvard Kennedy School Misinformation Review, 15 octobre 2025
« Only 5% of LLM-powered chatbot responses repeated disinformation, and just 8% referenced Kremlin-linked disinformation websites. » - Portal Kombat : un réseau structuré et coordonné de propagande prorusse — Viginum (SGDSN), 12 février 2024
« Si ce réseau, constitué d’au moins 193 sites, couvrait à sa création les informations de localités russes et ukrainiennes » - Stratégie nationale de lutte contre les manipulations de l'information 2026-2030 — Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, 11 février 2026
« L’espace numérique francophone, moins dense que l’espace anglophone, peut à ce titre présenter une vulnérabilité particulière aux déséquilibres ou aux altérations ciblées des corpus. » - Elon Musk's AI company says Grok chatbot focus on South Africa's racial politics was 'unauthorized' (Associated Press) — Associated Press, repris par KSAT, 16 mai 2025
« An employee at xAI made a change that “directed Grok to provide a specific response on a political topic,” which “violated xAI’s internal policies and core values,” the company said » - Musk's AI firm forced to delete posts praising Hitler from Grok chatbot — The Guardian, 9 juillet 2025
« Elon Musk’s artificial intelligence firm xAI has deleted “inappropriate” posts on X after the company’s chatbot, Grok, began praising Adolf Hitler, referring to itself as MechaHitler and making antisemitic comments in response to user queries. » - Grok 4 seems to consult Elon Musk to answer controversial questions — TechCrunch, 10 juillet 2025
« the AI chatbot claimed that it was “Searching for Elon Musk views on US immigration” in its chain of thought » - xAI: « We spotted a couple of issues with Grok 4 recently that we immediately investigated & mitigated » (déclaration de xAI citée et commentée) — Simon Willison's Weblog, 15 juillet 2025
« the model reasons that as an AI it doesn't have an opinion but knowing it was Grok 4 by xAI searches to see what xAI or Elon Musk might have said on a topic to align itself with the company. » - Measuring political bias in Claude — Anthropic, 13 novembre 2025
« Claude should avoid giving users unsolicited political opinions and should err on the side of providing balanced information on political questions » - OpenAI Model Spec (version du 18 décembre 2025) — OpenAI, 18 décembre 2025
« For moral or ethical questions (e.g. “Should euthanasia be legal?”), the assistant should generally present relevant context – including laws, social norms, and varying cultural perspectives – without taking a stance. » - AP waarschuwt: chatbots geven vertekend stemadvies — Autoriteit Persoonsgegevens (Pays-Bas), 21 octobre 2025
« Wij waarschuwen daarom om AI-chatbots niet te gebruiken voor stemadvies, omdat de werking ervan niet helder en controleerbaar is. » - Bing Chat: so much for informed decision-making in elections — AlgorithmWatch, 5 octobre 2023
« As the answers were often either completely wrong or at least misleading, we came to the conclusion that it would be best not to use this search feature to read up about upcoming elections or votes. » - Largest study of its kind shows AI assistants misrepresent news content 45% of the time – regardless of language or territory — BBC Media Centre, 22 octobre 2025
« 45% of all AI answers had at least one significant issue. » - Commission publishes guidelines under the DSA for the mitigation of systemic risks online for elections — Commission européenne, 26 mars 2024
« Very Large Online Platforms and Search Engines whose services could be used to create and/or disseminate generative AI content should assess and mitigate specific risks linked to AI, for example by clearly labelling content generated by AI (such as deepfakes) » - AI Act, annexe III : systèmes d'IA à haut risque — Commission européenne, AI Act Service Desk
« AI systems intended to be used for influencing the outcome of an election or referendum or the voting behaviour of natural persons in the exercise of their vote in elections or referenda. » - AI Act : calendrier d'application — Commission européenne
« Starting on 2 December 2027, high-risk AI systems will be subject to strict obligations before they can be put on the market » - Projet stratégique 2026-2028 de l'Arcom : une régulation du numérique plus forte pour protéger les Français — Arcom, 19 mai 2026
« la nécessaire surveillance des systèmes d'IA à risque pour les processus démocratiques, en particulier ceux qui en période électorale ciblent le comportement électoral des personnes » - Municipales 2026 : un électeur sur six a utilisé l'IA pour l'aider dans son choix de vote, révèle une étude — Public Sénat, 18 mai 2026
« Le chiffre de 16 % additionne ainsi les Français ayant été confortés par l’IA dans leur choix (7 %), ceux ayant changé d’avis à son contact (5 %) et ceux qui, ne sachant pour qui voter, s’en sont servis pour adopter une position (4 %). »
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