Le Radar · Décryptage
Blocus, pillages, grève du 5 novembre : tu as tout suivi ?
Des lycéens bloquent leurs établissements depuis plus d’un mois. Le 17 octobre, la colère contre la vie chère a rempli les rues, puis des pillages ont suivi. Ce qui est demandé, ce qui s’est passé, ce que répondent le gouvernement et les candidats.
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Depuis plus d’un mois, des lycéens bloquent leurs établissements. Le 17 octobre, ils ont été rejoints dans la rue par des syndicats et d’anciens « gilets jaunes », contre la vie chère. Le soir, des magasins étaient pillés et des mairies brûlées. Depuis, chaque samedi a ses cortèges, ses interdictions et ses chiffres contradictoires. Une grève est annoncée pour le jeudi 5 novembre.
Voici le fil, dans l’ordre, avec la source de chaque fait en bas de page.
Au départ, les lycées
Le mouvement part des lycées. Les élèves dénoncent les cours perdus faute de remplaçants, des bâtiments en mauvais état et Parcoursup, la plateforme qui répartit les bacheliers dans le supérieur. Le 21 octobre, la secrétaire générale du Snes-FSU, syndicat d’enseignants, parlait de « quatre semaines de mobilisation ».
Les organisations étudiantes et lycéennes (Union étudiante, Fage, Unef, Union syndicale lycéenne) réclament dix mesures, dont un plan de rénovation des établissements et des embauches de personnels, « pour un montant total de 10 milliards d’euros ».
Dès début octobre, le nombre de gardes à vue de manifestants, très majoritairement mineurs, est jugé inédit par Le Monde dans un éditorial. Le 13 octobre, devant le Sénat, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez annonce 36 enquêtes de l’IGPN, la police des polices, dont quatre pour des « blessures mutilantes ». Il estime que les blocages relèvent des violences urbaines plus que du maintien de l’ordre classique.
Le 17 octobre, la vie chère et le chaos
Le samedi 17 octobre, la journée contre la vie chère réunit 550 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. Ce double comptage reviendra à chaque manifestation : il n’existe pas de chiffre neutre.
Le soir, selon les journalistes du Monde, des groupes décidés à en découdre agissent à côté de la foule. Des magasins sont pillés dans plusieurs villes, l’hôtel de ville de Limoges est incendié, d’autres mairies sont dégradées. Le ministre du Commerce compte au moins 3 000 commerces touchés.
Le surlendemain, Laurent Nuñez reconnaît « un manque d’anticipation » et une perte de contrôle dans certaines villes, avec 60 000 policiers et gendarmes mobilisés ce jour-là. Il présente sa démission, qu’Emmanuel Macron refuse. L’Assemblée et le Sénat ouvrent chacun une enquête parlementaire, sur les violences comme sur la stratégie de maintien de l’ordre.
Qui a cassé ? Le Premier ministre Sébastien Lecornu accuse des « groupes d’ultragauche ». Une partie de la gauche met en cause la doctrine de maintien de l’ordre et des vidéos de violences policières. Ces enquêtes sont en cours.
Le 24 octobre, sous haute surveillance
Pour le samedi suivant, le gouvernement déploie 70 000 policiers et gendarmes, dont des unités d’élite (RAID, GIGN). Emmanuel Macron annonce que seuls les cortèges organisés par des syndicats seront autorisés. Des préfets interdisent des défilés dans des dizaines de villes. Une association de défense des libertés et le Syndicat de la magistrature saisissent le Conseil d’État.
Bilan : 410 000 manifestants selon le ministère, plus de 800 000 selon la CGT. Le ministère compte 1 314 interpellations, 53 membres des forces de l’ordre blessés, 24 commerces pillés. Il ne donne pas le nombre de manifestants blessés.
Ce jour-là, des militants d’ultradroite ont attaqué des cortèges dans plusieurs villes. Des enquêtes sont ouvertes, notamment à Nice et à Rouen. Des maires s’interrogent sur la passivité de la police, et LFI l’accuse d’avoir protégé ces militants. Laurent Nuñez dément toute concertation.
Ce que le pouvoir a répondu
Côté ordre public : couvre-feux localisés après le 17 octobre, projet de loi « casseurs-payeurs » qui ferait payer les dégâts aux auteurs, et désormais des parcours de manifestation hors des centres-villes, annoncés par Emmanuel Macron le 26 octobre.
Côté lycées, le 26 octobre au soir : « Parcoursup sera transformé cette année et remplacé l’année prochaine », annonce le ministre de l’Éducation Édouard Geffray. S’y ajoutent 15 000 places de plus dans le supérieur, l’annulation de suppressions de postes dans le second degré et des bourses indexées sur l’inflation. Les organisations lycéennes et étudiantes jugent ces mesures insuffisantes et appellent à continuer.
Ce qui vient
- Samedi 31 octobre : nouvelle journée à l’appel des « gilets jaunes », pour la défense des libertés publiques. Emmanuel Macron s’attend à une journée à risques.
- Jeudi 5 novembre : « journée d’appel à la grève des syndicats de travailleurs ». La CGT demande notamment 10 % de hausse du Smic et l’indexation des salaires sur les prix. Les organisations étudiantes et lycéennes ont annoncé qu’elles défileraient avec les salariés.
Ce qu’en disent les candidats
Classés par ordre alphabétique. Chacun a été cité ici sur ce qu’il a dit de ces mobilisations, pas sur son programme.
- Gabriel Attal (Renaissance) présente un pacte pour la jeunesse le 10 octobre à Lyon : « Je veux être le président qui parlera à la jeunesse parce qu’il la comprend. »
- Raphaël Glucksmann (PS, Place publique) se dit « en soutien à ces jeunes » mais absent des cortèges, et dénonce « une campagne de harcèlement de La France insoumise contre moi ».
- Marine Le Pen (RN) estime que « le gouvernement a perdu la maîtrise de tout » et veut faire payer les casseurs. Elle a dit ne pas être pour la dissolution de LFI.
- Jean-Luc Mélenchon (LFI) salue le 17 octobre « des dizaines de milliers de gens calmement mobilisés » et accuse le gouvernement d’avoir laissé dégénérer la situation. Pour lui, « le pouvoir n’aura qu’un seul choix, accepter les revendications ou s’en aller ».
- Édouard Philippe (Horizons) juge que « la responsabilité politique de LFI dans ces violences est considérable ».
- Bruno Retailleau (LR) répond à la crise lycéenne par « une sélection à l’université ». Il a proposé de poser la question de l’interdiction de LFI.
- Fabien Roussel (PCF) appelle avant le 17 octobre à la « convergence des luttes ».
- Marine Tondelier (Les Écologistes) annonce qu’elle défilera le 17 octobre, puis réclame la démission de Laurent Nuñez et une autre doctrine du maintien de l’ordre.
Pour voir ce que chacun propose vraiment sur l’école, les salaires ou la police, ouvre le comparateur ou passe le test.
Ce que ces éléments ne permettent pas de conclure
- Les chiffres de manifestants varient du simple au double selon qui compte : aucun des deux comptages n’est vérifiable de façon indépendante dans les sources citées.
- Les enquêtes de l’IGPN et les commissions d’enquête parlementaires sont en cours : elles n’ont pas encore établi de responsabilités, ni du côté des forces de l’ordre ni du côté des auteurs de violences.
- Ces faits ne disent pas qui a organisé les pillages. Le gouvernement accuse l'« ultragauche » ; LFI parle de manipulation ; les enquêtes judiciaires trancheront.
- Ce qu’un candidat dit d’un mouvement ne dit pas ce qu’il ferait au pouvoir : pour ça, compare leurs programmes sur l’école, les salaires et le maintien de l’ordre.
Cet article ne modifie aucune position codée : ton résultat au test ne change pas.
Sources
- La CGT appelle à une grève générale le 5 novembre, à l'issue de la réunion à Matignon des syndicats — Public Sénat, 21 octobre 2026
« Au bout de quatre semaines de mobilisation, c’est quand même très en dessous de ce qu’on peut attendre » - Malgré les annonces du gouvernement, les organisations lycéennes et étudiantes veulent continuer la mobilisation — LCP, 27 octobre 2026
« pour un montant total de 10 milliards d'euros » - Mobilisation lycéenne : Laurent Nuñez annonce l'ouverture de 36 enquêtes par l'IGPN, dont quatre pour des blessures mutilantes — Public Sénat, 13 octobre 2026
« blessures mutilantes » - Lycéens : ce que nous dit le recours massif à la garde à vue (éditorial) — Le Monde, 10 octobre 2026
- Mobilisation du 17 octobre : des manifestations d'ampleur conclues dans le chaos — Le Monde, 18 octobre 2026
- Saccages et pillages du 17 octobre : l'État au chevet des commerçants — LCP, 19 octobre 2026
- Laurent Nuñez reconnaît « un manque d'anticipation », Emmanuel Macron refuse sa démission — L'Humanité, 19 octobre 2026
« un manque d'anticipation » - Manifestations du 17 octobre : comment expliquer la perte de contrôle des forces de l'ordre face aux débordements — franceinfo, 19 octobre 2026
- Violences du 17 octobre : l'Assemblée lance une commission d'enquête — LCP, 20 octobre 2026
- La commission des lois du Sénat enquêtera sur les événements des 17 et 18 octobre 2026 — Sénat, 19 octobre 2026
- Macron veut que seules les manifestations syndicales soient autorisées — Le Monde, 22 octobre 2026
- Mobilisation du 24 octobre : Laurent Nuñez annonce le déploiement de 70 000 policiers et gendarmes — Public Sénat, 23 octobre 2026
- Manifestations du 24 octobre : entre 410 000 et 800 000 manifestants (direct) — Le Monde, 24 octobre 2026
- Violences de militants d'ultradroite en marge du 24 octobre : plusieurs enquêtes ouvertes — Le Monde, 26 octobre 2026
- Parcoursup « transformé », suppressions de postes annulées : les réponses du gouvernement à la mobilisation lycéenne — LCP, 26 octobre 2026
« Parcoursup sera transformé cette année et remplacé l'année prochaine » - Emmanuel Macron s'attend à une « journée à risques » samedi 31 octobre — franceinfo, 26 octobre 2026
- Les « gilets jaunes » appellent à une nouvelle mobilisation samedi 31 octobre — Le Monde, 24 octobre 2026
- Manifestations du 17 octobre : Jean-Luc Mélenchon salue « des dizaines de milliers de gens calmement mobilisés » — franceinfo, 17 octobre 2026
« des dizaines de milliers de gens calmement mobilisés » - Jean-Luc Mélenchon : « Le pouvoir n'aura qu'un seul choix : accepter les revendications ou s'en aller » — Mediapart, 23 octobre 2026
- Violences du 17 octobre : Marine Le Pen et Édouard Philippe accusent LFI — LCP, 18 octobre 2026
« la responsabilité politique de LFI dans ces violences est considérable » - « Nous sommes confrontés à un État qui s'effondre », estime Marine Le Pen — franceinfo, 21 octobre 2026
« le gouvernement a perdu la maîtrise de tout » - « Je veux être le président qui parlera à la jeunesse parce qu'il la comprend » : en meeting à Lyon, Gabriel Attal — franceinfo, 10 octobre 2026
« Je veux être le président qui parlera à la jeunesse parce qu'il la comprend » - Raphaël Glucksmann dit être victime d'une campagne de harcèlement de LFI — franceinfo, 26 octobre 2026
« une campagne de harcèlement de La France insoumise contre moi » - Crise lycéenne : Bruno Retailleau veut une sélection à l'université — Public Sénat, 14 octobre 2026
« une sélection à l'université » - Mobilisation du 17 octobre : quels responsables politiques s'emparent du mouvement — LCP, 16 octobre 2026
« convergence des luttes » - Après les violences du 17 octobre, des élus de LFI au RN réclament la démission de Laurent Nuñez — LCP, 18 octobre 2026
- Mouvement lycéen : le gouvernement présentera un plan d'urgence sur les remplacements — LCP, 8 octobre 2026
- « Nous ne nous laissons pas intimider » : Lecornu dénonce l'ultragauche après des violences — LCP, 17 octobre 2026
« groupes d'ultragauche » - « Je ne suis pas pour la dissolution de LFI », affirme Marine Le Pen — franceinfo, 21 octobre 2026
- Est-il possible d'interdire un parti politique, comme le proposent Gérard Larcher et Bruno Retailleau pour LFI ? — franceinfo, 21 octobre 2026
Thèmes : Travail et retraites, École et jeunesse, Sécurité et justice, Libertés, droits et laïcité, Démocratie et institutions. Voir où tu te situes
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