Comprendre la politique · Chapitre 2 sur 5
Les extrêmes : de quoi parle-t-on ?
C’est quoi l’extrême droite et l’extrême gauche ?
La réponse courte
Les « extrêmes » sont les deux bouts de l’éventail politique. Pour savoir qui y est rangé, trois sources se vérifient : la grille du ministère de l’Intérieur, les décisions du Conseil d’État qui la contrôle, et les définitions des chercheurs.
Ces sources ne répondent pas à la même question. Les partis concernés, eux, refusent presque toujours l’étiquette. Le bon réflexe : demander qui classe, pour quelle élection et avec quel critère.
Sources relues le 26 octobre 2026
Un mot que presque personne ne revendique
Dans la France d’aujourd’hui, l’étiquette « extrême droite » n’est pratiquement jamais revendiquée par ceux qu’elle désigne. Le RN, ex-Front national, préfère parler de « mouvement national » ou de « droite nationale ». Le mot est surtout employé par ses adversaires. Il sert aussi à rapprocher des faits très différents, dans plusieurs pays.
À l’autre bout, le mot « extrême gauche » est lui aussi contesté par certains partis qu’on y range. D’où la règle de ce chapitre : avant de dire qu’un parti est extrême, regarde qui le classe ainsi, et sur quel critère.
Premier critère : la grille du ministère de l’Intérieur
Avant chaque élection, le ministre de l’Intérieur envoie une circulaire (une instruction écrite) aux préfets. Elle leur dit comment attribuer à chaque candidat une « nuance politique », selon les mêmes règles partout. Le but : additionner les résultats au niveau national, pour informer les pouvoirs publics et les citoyens. La tradition remonte au XIXe siècle.
Ne confonds pas deux mots. L’étiquette est choisie librement par le candidat. La nuance est attribuée par l’administration, et elle peut être différente.
Les nuances sont ensuite regroupées en six « blocs de clivage ». Pour les municipales de mars 2026 : extrême gauche, gauche, divers, centre, droite et extrême droite. La grille de 2026 compte vingt-six nuances pour les candidats.
Cette grille classe les partis les uns par rapport aux autres, sur l’ensemble du champ politique.
Deuxième critère : ce que dit le juge
Un parti qui n’est pas d’accord avec son classement peut saisir le Conseil d’État, qui juge les litiges entre les citoyens et l’administration. Cela arrive régulièrement. Le Conseil d’État ne censure la circulaire qu’en cas d’« erreur manifeste d’appréciation », c’est-à-dire d’erreur évidente. Il précise qu’il ne porte pas de jugement sur le programme des candidats.
Le RN, en 2024. Pour les sénatoriales de 2023, la circulaire du 16 août 2023 range la nuance RN dans le bloc « extrême droite ». Le Rassemblement national en demande l’annulation. Le 11 mars 2024, le Conseil d’État rejette sa requête : pas d’erreur manifeste, et pas de rupture d’égalité, alors que la même circulaire attribue au PCF et à La France insoumise la nuance « gauche ».
LFI et l’UDR, en 2026. Pour les municipales de mars 2026, la circulaire du 2 février 2026 range La France insoumise dans le bloc « extrême gauche » et l’Union des droites pour la République (UDR) dans le bloc « extrême droite ». LFI d’un côté, l’UDR et Éric Ciotti de l’autre attaquent la circulaire. Le 27 février 2026, le Conseil d’État rejette les deux recours.
Ses raisons tiennent aux alliances. LFI a présenté, dans la plupart des grandes villes, ses propres listes, séparées de celles des partis classés à gauche. L’UDR est alliée au RN, classé à l’extrême droite. Le juge ajoute que la grille sert à compter les voix d’une élection donnée, pas à comparer des élections entre elles.
Retiens ceci : la même formation peut changer de bloc d’une élection à l’autre. LFI recevait la nuance « gauche » en 2023 ; elle est rangée dans le bloc « extrême gauche » en 2026.
Troisième critère : les définitions des chercheurs
Pour les historiens et politistes de l’Encyclopædia Universalis, l’extrême gauche se définit d’abord par la révolution. Elle refuse tout aménagement du capitalisme et ne croit pas au changement par les élections. Selon cette définition, elle se distingue du PCF et de La France insoumise. On y range Lutte ouvrière, la Ligue communiste révolutionnaire devenue en 2009 le Nouveau Parti anticapitaliste, et le courant dit « lambertiste ».
Pour l’extrême droite, le même ouvrage souligne une difficulté : l’expression sert souvent d’arme aux adversaires, qui la rattachent au fascisme italien, au nazisme ou, en France, aux ligues des années 1930, à la collaboration et au régime de Vichy. L’article de l’Universalis emploie le terme, en rappelant ces précautions.
Tu vois la différence avec la grille du ministère. Le ministère place les partis les uns par rapport aux autres, élection par élection. Le chercheur part d’une doctrine. Les deux peuvent aboutir à des réponses différentes pour un même parti, comme LFI.
Quatrième critère : ce que disent les partis
Lutte ouvrière se présente comme une association qui ne se résigne pas « à l’idée que le capitalisme serait le seul avenir possible pour l’humanité » et se dit convaincue que « le communisme est l’avenir du genre humain ».
Le Rassemblement national refuse l’étiquette d’extrême droite : c’est l’objet de son recours de 2023. Dès 1996, le Front national protestait contre ce mot dans un communiqué à la presse.
La France insoumise soutient que son classement à l’extrême gauche ne reflète pas sa ligne politique. L’UDR fait valoir que l’expression « extrême droite » a une connotation défavorable. Le juge a répondu que cela ne suffisait pas à prouver la partialité du ministère.
Ta méthode en quatre questions, à appliquer à n’importe quel parti : qui le classe ? Pour quelle élection ? Selon quel critère ? Et que répond le parti ? Le chapitre suivant retrace l’histoire de chaque famille.
Pour briller au dîner
Les 33 sources de ce chapitre, avec l’extrait qui prouve chaque fait
- EXTRÊME DROITE (Encyclopædia Universalis) · « Elle permet de rapprocher des événements aussi dissemblables que »
- EXTRÊME DROITE (Encyclopædia Universalis) · « aux expériences historiques que furent le fascisme italien et le national-socialisme allemand, ou bien, dans le cas français, à une hypothétique filiation directe avec les ligues des années 1930 et la collaboration ou le régime de Vichy »
- EXTRÊME DROITE (Encyclopædia Universalis) · « En 1996 déjà, le FN envoyait à la presse un communiqué protestant contre l’étiquette d’extrême droite qui lui était accolée »
- Élections municipales 2026 : le Conseil d’État rejette les recours de LFI et de l’UDR (Conseil d’État) · « selon des règles homogènes sur l’ensemble du territoire afin de permettre l’agrégation des résultats au niveau national, pour l’information des pouvoirs publics et des citoyens »
- Décision n° 488378 du 11 mars 2024 (Conseil d’État) · « Juger les litiges entre les citoyens et l'administration »
- France. Élections législatives. 7-30 juin 2022 (Encyclopædia Universalis) · « Une polémique éclate à la suite de la requalification en « divers gauche », par le ministère de l’Intérieur, de candidats présentés par la NUPES »
- France. Élections législatives. 7-30 juin 2022 (Encyclopædia Universalis) · « 25,8 % des suffrages selon le décompte du ministère de l’Intérieur »
- EXTRÊME DROITE (Encyclopædia Universalis) · « il n'est pratiquement jamais assumé par ceux qui en relèvent, qui préfèrent se désigner, à l'instar du RN/FN, par les appellations de « mouvement national » ou de « droite nationale » »
- EXTRÊME DROITE (Encyclopædia Universalis) · « elle est généralement utilisée par les adversaires politiques de l'extrême droite comme une expression stigmatisante »
- EXTRÊME GAUCHE (Encyclopædia Universalis) · « Fondamentalement révolutionnaire, opposée à tout aménagement du capitalisme ou de la démocratie bourgeoise qu’elle combat, l’extrême gauche en France ne croit pas au changement social par la voie électorale »
- EXTRÊME GAUCHE (Encyclopædia Universalis) · « ce qui la distingue par essence de tous les partis les plus à gauche de l’échiquier parlementaire, qu’il s’agisse du Parti communiste français (PCF) ou des mouvements fondés par l’ancien socialiste Jean-Luc Mélenchon »
- EXTRÊME GAUCHE (Encyclopædia Universalis) · « avec Lutte ouvrière (LO), la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, puis Nouveau Parti anticapitaliste [NPA]), et le courant lambertiste »
- EXTRÊME GAUCHE (Encyclopædia Universalis) · « Nouveau Parti anticapitaliste (NPA, ex-Ligue communiste révolutionnaire [LCR]) né en 2009 »
- Élections municipales 2026 : le Conseil d’État rejette les recours de LFI et de l’UDR (Conseil d’État) · « Selon une tradition qui remonte au XIXème siècle, le ministre de l’intérieur adresse, pour chaque élection nationale, une circulaire aux préfets »
- Élections municipales 2026 : le Conseil d’État rejette les recours de LFI et de l’UDR (Conseil d’État) · « le Conseil d’Etat ne porte pas de jugement sur le programme politique ou l’étiquette politique des candidats aux élections »
- Élections municipales 2026 : le Conseil d’État rejette les recours de LFI et de l’UDR (Conseil d’État) · « Il ne censure une telle circulaire, conformément à sa jurisprudence constante, que si elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation »
- Élections municipales 2026 : le Conseil d’État rejette les recours de LFI et de l’UDR (Conseil d’État) · « Le Conseil d’Etat a été régulièrement saisi, dans le passé, de ces circulaires, par des formations politiques ou des candidats critiquant la nuance qui leur avait été attribuée »
- Décision n° 512694 du 27 février 2026 (Conseil d’État) · « Ces nuances, différentes de l'étiquette politique librement choisie par chaque candidat »
- Décision n° 512694 du 27 février 2026 (Conseil d’État) · « dénommés " extrême gauche ", " gauche ", " divers ", " centre ", " droite " et " extrême droite " »
- Décision n° 512694 du 27 février 2026 (Conseil d’État) · « L'annexe 1 de la circulaire attaquée établit ainsi une grille de vingt-six nuances individuelles »
- Décision n° 512694 du 27 février 2026 (Conseil d’État) · « en classant notamment, d'une part, dans le bloc de clivages " extrême gauche " la nuance LFI et, d'autre part, dans le bloc de clivages " extrême droite " la nuance UDR »
- Décision n° 512694 du 27 février 2026 (Conseil d’État) · « Ces blocs regroupent les nuances au regard de leur positionnement respectif, en les classant les unes par rapport aux autres sur l'ensemble du champ politique »
- Décision n° 512694 du 27 février 2026 (Conseil d’État) · « cette formation politique a investi, notamment dans la plupart des communes les plus peuplées, des candidats et listes relevant des nuances " FI/La France insoumise " et " LFI/La France insoumise " séparément des candidats et listes investies ou soutenues par les formations politiques dont les nuances sont regroupées dans le bloc de clivage " gauche " »
- Décision n° 512694 du 27 février 2026 (Conseil d’État) · « l'UDR est, pour les élections des 15 et 22 mars 2026, alliée avec le Rassemblement national »
- Décision n° 512694 du 27 février 2026 (Conseil d’État) · « Si l'association La France insoumise soutient que le rattachement des candidats et des listes qu'elle a investis au bloc de clivages " extrême gauche " ne reflèterait pas sa ligne politique »
- Décision n° 512694 du 27 février 2026 (Conseil d’État) · « la circonstance que la qualification " extrême droite " soit contestée par l'UDR et M. B..., qui font valoir qu'elle a une connotation défavorable, n'est pas de nature à établir, par elle-même »
- Décision n° 512694 du 27 février 2026 (Conseil d’État) · « la circulaire du ministre de l'intérieur du 2 février 2026 »
- Décision n° 488378 du 11 mars 2024 (Conseil d’État) · « relative à l'attribution des nuances politiques aux candidats aux élections sénatoriales 2023, en tant qu'elle classe les nuances " RN " et " LRN " dans le bloc de clivage " Extrême-droite " »
- Décision n° 488378 du 11 mars 2024 (Conseil d’État) · « Elle ne méconnaît pas davantage, en tout état de cause, le principe d'égalité en procédant à un tel rattachement, tout en attribuant la nuance " Gauche " aux formations politiques " Parti communiste français " et " La France insoumise " »
- Décision n° 488378 du 11 mars 2024 (Conseil d’État) · « Article 1er : La requête de l'association Rassemblement national est rejetée »
- Décision n° 488378 du 11 mars 2024 (Conseil d’État) · « Lecture du lundi 11 mars 2024 »
- Qui sommes-nous ? (Lutte ouvrière) · « qui ne se résignent pas à l'idée que le capitalisme serait le seul avenir possible pour l'humanité »
- Qui sommes-nous ? (Lutte ouvrière) · « Nous restons profondément convaincus que le communisme est l'avenir du genre humain »
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