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Comprendre la politique · Chapitre 4 sur 5

Les grands affrontements de la Ve République

Quels sont les moments les plus importants de la politique française ?

La réponse courte

Neuf moments pour comprendre la Ve République : sa naissance en 1958, Mai 68, la première alternance de 1981, les cohabitations, le 21 avril 2002, le non de 2005, la recomposition de 2017, les élections de 2022 et la dissolution de 2024.

Pour chacun : ce qui s’est passé, ce que ça a changé, et une anecdote vérifiée.

Sources relues le 26 octobre 2026

1958 : une République taillée pour un exécutif fort

Ce qui s’est passé. Au printemps 1958, l’Assemblée ne trouve plus de majorité stable et la menace d’un coup d’État militaire est forte. Le 1er juin, les députés investissent le général de Gaulle, jugé le mieux placé pour trouver une issue à la guerre d’Algérie. La nouvelle Constitution est adoptée par référendum le 28 septembre et promulguée le 4 octobre 1958.

Ce que ça a changé. L’exécutif (président et gouvernement) est renforcé face au Parlement, pour éviter l’instabilité de la IVe République. Le Conseil constitutionnel vérifie que les lois respectent la Constitution. En 1962, une réforme fait élire le président au suffrage universel direct.

Mai 68 : étudiants, ouvriers, et un président introuvable

Ce qui s’est passé. La Sorbonne est occupée le 3 mai ; des barricades se dressent dans la nuit du 10 au 11. Le mouvement touche aussi les lycéens. Le 13 mai, une grève nationale réunit étudiants et salariés, puis les occupations d’usines se généralisent : environ 10 millions de grévistes. Les 25 et 26 mai, Georges Pompidou négocie les accords de Grenelle : 35 % de hausse du salaire minimum. La base les rejette. Le 29 mai, le président est introuvable ; le lendemain, il annonce la dissolution de l’Assemblée, et une grande manifestation de soutien remplit les Champs-Élysées.

Ce que ça a changé. Les législatives qui suivent, surnommées « élections de la peur », sont une victoire pour le pouvoir. Elle dure peu : en 1969, un référendum est rejeté et le président démissionne.

1981 : la première alternance

Ce qui s’est passé. Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu avec 51,75 % des voix, contre 48,24 % à Valéry Giscard d’Estaing. Une alternance, c’est le pouvoir qui passe d’un camp à l’autre par les élections : pour la première fois sous la Ve République, la gauche gouverne. En juin, les législatives lui donnent une large majorité ; quatre ministres communistes entrent au gouvernement de Pierre Mauroy.

Ce que ça a changé. Suivent les nationalisations, la décentralisation (des pouvoirs confiés aux collectivités locales), la semaine de 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans et l’abolition de la peine de mort.

Les cohabitations : un président et un Premier ministre de deux camps

Ce qui s’est passé. Il y a cohabitation quand la majorité de l’Assemblée est opposée au président : il nomme alors un Premier ministre issu de cette majorité. En mars 1986, Mitterrand nomme Jacques Chirac. En mars 1993, Édouard Balladur. En juin 1997, après des législatives anticipées gagnées par la gauche (319 sièges sur 577), le président Chirac nomme Lionel Jospin.

Ce que ça a changé. Le gouvernement « détermine et conduit la politique de la nation », comme le dit la Constitution. Même la politique étrangère, d’habitude « domaine réservé » du président, doit se partager.

21 avril 2002 : le choc du premier tour

Ce qui s’est passé. Jacques Chirac arrive en tête (19,88 %). Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national, est deuxième (16,86 %). Le socialiste Lionel Jospin, troisième (16,18 %), est éliminé et se retire de la vie politique. L’abstention bat un record pour un premier tour : 28,40 %. Les principaux partis de droite et de gauche appellent à voter contre Jean-Marie Le Pen ; Lutte ouvrière refuse de donner une consigne. Au second tour, Chirac obtient 25 537 956 voix, contre 5 525 032.

Ce que ça a changé. Depuis les années 1970, le second tour opposait la droite à la gauche. Ce schéma casse. À droite, l’UMP naît deux jours après le premier tour.

29 mai 2005 : le non au traité européen

Ce qui s’est passé. Par référendum, les électeurs rejettent le traité constitutionnel européen à 54,68 %, avec 69,34 % de participation. Le Parti socialiste avait consulté ses adhérents : 58 % pour le oui. Mais l’électorat de gauche a majoritairement voté non, celui de droite majoritairement oui.

Ce que ça a changé. Jean-Pierre Raffarin est remplacé à Matignon par Dominique de Villepin. Le vote révèle une fracture au sein de la gauche, et un partage sur l’Europe qui traverse les deux camps.

2017 : les deux partis de gouvernement éliminés

Ce qui s’est passé. Le 23 avril 2017, Emmanuel Macron, 39 ans, arrive en tête (24 %), devant Marine Le Pen (21,3 %). Son mouvement, En Marche, a un an. Pour la première fois sous la Ve République, le PS et LR sont éliminés dès le premier tour : François Fillon (LR) fait 20 %, Benoît Hamon (PS) 6,4 %. Le 7 mai, Emmanuel Macron est élu avec un peu plus de 66 % des voix ; en juin, son parti obtient la majorité absolue.

Ce que ça a changé. Le paysage passe de deux camps à trois blocs : un centre libéral au pouvoir, une opposition à gauche, une autre à droite.

2022 : réélu, mais sans majorité absolue

Ce qui s’est passé. Le 24 avril 2022, Emmanuel Macron est réélu avec 58,55 % des voix, de nouveau face à Marine Le Pen. En juin, sa coalition Ensemble reste la première force à l’Assemblée avec 250 sièges sur 577, mais sans majorité absolue. La NUPES, alliance des gauches autour de LFI, obtient 151 élus ; le RN, 89, dix fois plus qu’avant.

Ce que ça a changé. Faute de majorité, la Première ministre Élisabeth Borne recourt vingt-trois fois à l’article 49.3, notamment pour la réforme des retraites (voir le chapitre sur les grandes notions).

2024 : la dissolution

Ce qui s’est passé. Le 9 juin 2024, le RN arrive en tête des européennes. Le même jour, Emmanuel Macron dissout l’Assemblée. Le lendemain, la gauche s’unit dans un « Nouveau Front populaire ». Le 11 juin, le président de LR, Éric Ciotti, souhaite une alliance avec le RN ; beaucoup de responsables de son parti s’y opposent. Le 30 juin, le RN et ses alliés obtiennent 33,2 %, devant le Nouveau Front populaire (28,1 %) et Ensemble (20 %), avec une participation record depuis 1997. Entre les deux tours, la coalition présidentielle et le Nouveau Front populaire retirent des candidats arrivés troisièmes.

Ce que ça a changé. L’Assemblée élue n’a ni majorité ni coalition. Quatre Premiers ministres se succèdent en 2024, et un gouvernement est renversé par la gauche et l’extrême droite.

Pour briller au dîner

Les 92 sources de ce chapitre, avec l’extrait qui prouve chaque fait

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